J’écris pour mon chien

Publié par Edition Maurice Nadeau

« Je n’ai jamais vraiment répondu à ta question, je ne pouvais pas te dire que j’avais écrit toutes ces chansons parce que je t’aimais. Je n’avais pas le droit de te montrer ainsi mon amour. Parce que toi tu ne m’aimais pas. Je devais aussi t’inspirer un peu de dégoût. Alors je me suis excusée de t’avoir importuné. Et je suis partie. Je t’ai dit au revoir en prenant garde de ne pas me faire de croche-pieds ou de te tomber dessus. Et j’ai pensé de nouveau à ta question. Pour qui j’écris, si ce n’est pour l’amour que je te porte et dont tu ne veux pas ?

Pour qui alors ?

Pour mon chien.

J’écris pour mon chien. »

Critiques

Dix nouvelles, dix nouvelles pour pleurer, rire, s’émouvoir devant le regard singulier d’un chien, cet animal qui épaule, encadre, suit, devance l’Homme depuis si longtemps. Dix situations communes, différentes, jusqu’à la dernière qui justifie en elle-même l’édition de ces nouvelles !

Librairie Vaux Livres

France Culture : Du jour au lendemain, 5 janvier 2010. À écouter ici

Entretien avec Boniface Mongo Moussa, Africultures, 5 Juillet 2010. À lire ici

Extrait

IMMOBILE

« Mais s’arrêter dans une rue, sur un trottoir alors que des gens essaient de marcher droit, ce n’est pas bien. Il ne faut pas. C’est très mal vu. Ça ne se fait pas. « Si tout le monde faisait comme vous, ça serait la pagaille dans la rue. On ne s’en sortirait pas » m’avait dit une jeune fille qui avait l’air, elle, de savoir où elle allait. Mais moi, je n’arrivais pas à faire autrement – et puis je voyais bien qu’il y en avait d’autres aussi des passants qui s’étaient arrêtés pour pas de raison – je n’arrivais plus à avancer. Ce n’est pas que je voulais reculer, non, mais c’était avancer qui me causait du tort. 

Mais il fallait bien que je trouve un prétexte à ce surplace. Alors je me suis acheté un chien. L’excuse. La grosse excuse. Pour pouvoir faire du surplace sans en avoir l’air. Sans gêner personne. Me poser. Me poser dehors, entouré de vivants, dans le bruit, mais dans mon silence. Le luxe, quoi. Faisant semblant d’être préoccupé par les traces de mon chien mais profitant en fait de penser à autre chose, de souffler un peu, de penser à mes histoires passées, celles qui vous accompagnent toute une vie. Avancer au ralenti, revenir, piétiner, prendre une rue, et puis une autre et encore une autre. Mon chien qui s’arrêtait par ci, qui s’arrêtait par là, mon chien qui ne gênait pas les passants et que je suivais, qui me baladait, qui me faisait prendre l’air, qui me permettait de souffler. Grâce à lui, je pouvais rêver éveillé, le nez au vent, passer des heures immobile sans avoir l’air d’un fou. Je respirais. Enfin. Ne plus courir. Marcher vite, vers une direction précise. Rester immobile. C’était bon. »